Oyakodon Baka

Blog généraliste.

samedi 19 juin 2010

tu vas mourir, bordel

J'ai cet ami proche à qui on vient de diagnostiquer une sclérose en plaques.

On l'a rassuré. On lui a dit qu'il était très probable que la maladie n'évolue pas pendant plusieurs années, qu'il y aurait très certainement des poussées avec chaque fois une rémission complète...

Mais pour le moment, ça ne sent pas trop la forme bénigne. Même si avec la SEP, on peut s'attendre à tout.

Pour moi, la SEP reste une épée de Damoclès permanente, bien que l'issue survienne de façon plus progressive et insidieuse.

Cet ami n'est pas du genre stressé. Pas du genre à se prendre en main non plus. C'est le genre procrastinateur. Attentionné et généreux avec les autres sans vraiment faire face à ses propres besoins et responsabilités. J'aime à penser que c'est plus commode. Un peu comme les personnes qui s'attachent de façon inconditionnelle à des animaux ou à des objets, parce que c'est plus facile que les relations humaines.

D'ailleurs là aussi, il a attendu. Des semaines, des mois, alors que sa vue empirait.

Quand on lui a annoncé le diagnostic, sa réaction immédiate a été un soulagement. Soi-disant parce qu'enfin, il savait pourquoi sa vue avait baissé.
Le soulagement a fait place à une sorte d'euphorie, des projets, des lubies, plein de choses pour moi totalement incongrues, inadaptées à la situation.

Si je le dis ici, c'est déjà pour retarder le moment où j'aurai peut-être envie de lui dire directement.

Mais sa réaction n'a pas tardé à m'énerver.

Est-ce qu'il a attendu d'avoir une telle maladie pour enfin commencer à profiter de la vie ?
Non pas parce qu'il vient de réaliser à quel point il a de la chance d'être en vie (Memento Mori), mais parce qu'il est certain de ne plus avoir à s'engager à grand-chose... à long terme ?

Est-ce qu'il ne réalise pas ? Ou ne veut pas réaliser ? Est-ce qu'il se voile la face ? Est-ce qu'il fait comme si de rien n'était ?
J'ai eu envie de lui dire "mais oui, achète-toi une moto avec l'argent que tu n'as pas, fais donc ça. Ensuite monte dessus et va voir un psy".

Ce qui serait déplacé voire cruel de ma part, et égoïste. Je ne compte pas en arriver là.
Mais j'ai l'impression qu'il a brûlé les étapes. Ça fait déjà plusieurs semaines qu'il le sait, je ne l'ai jamais vu ni su qu'il s'était effondré, qu'il avait réalisé la gravité de sa maladie, qu'il n'avait pas accepté le diagnostic ou cherché à s'en assurer par tous les moyens, quoique ce n'est pas le genre à aller demander un "deuxième avis", comme la tendance le veut.

Je trouve très bien qu'il ait des projets, j'essaie de le soutenir le plus possible, mais intérieurement j'ai du mal. J'ai peur qu'un jour il tombe de son petit nuage, et qu'il tombe de haut. Que l'abcès soit crevé, qu'il prenne conscience de ce qu'il risque de devenir. Qu'il va mourir - prématurément - après s'être vu progressivement diminué au fil des mois, des années. Que ça va être insupportable.
Et que ce réveil brutal lui donne une grave dépression, que ça le tue.

Je le soutiendrai, mais je m'inquiète pour sa santé mentale.
Mais je me rassure en me disant qu'il y a autant de psychismes que d'individus. Et que se battre en restant positif est un bon moyen de lutter contre une maladie.

Posté par akito à 19:19 - La pensée du Jour - Un com ? [0] - Permalien [#]

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