Oyakodon Baka

Blog généraliste.

jeudi 22 juillet 2010

Un monde où elle vit

Il y a quelques jours, chacun de nous se préparait à passer le week-end d'une façon ou d'une autre. Une de mes cousines préparait l'anniversaire de son fils de 2 ans, mon frère bouclait sa dernière semaine de travail avant de changer de boîte, ma mère se préparait à recevoir des amis, j'essayais de m'organiser pour quitter le boulot avant midi - chaque fois j'y crois - et...

Un coup de fil, un peu avant 10h. Sur l'écran de mon téléphone, "GP & GM". Mes grand-parents, un samedi matin. Curieux de savoir ce qu'ils me veulent et vaguement inquiet, je décroche. J'étais passé les voir une semaine auparavant. Ils sont toujours contents de mes visites, même à l'improviste. Grand-mère se plaignait de ses jambes, de sa digestion. Elle a toujours été comme ça. Je la trouvais comme d'habitude, juste un peu plus fatiguée. Mais elle avait "des hauts et des bas". Grand-père boitait un peu plus que d'habitude. Lui qui a beaucoup de prestance, je n'aime pas le voir marcher avec une canne. Ça fait pépé. Mes grand-parents ne sont pas pépé et mémé, ils ont de la classe.

C'est un de mes oncles au bout du fil. Depuis sa retraite il leur rend souvent visite, je ne m'étonne pas qu'il m'appelle de chez eux.
Il commence par me dire qu'il pensait appeler ma mère.
Bizarrement rassuré je lui réponds : "ah, c'est toi ! Ben désolé, tu t'es trompé...
- J'allais t'appeler aussi de toute façon. Ta grand-mère est morte."

 

Je coince ma smart entre deux voitures familiales. L'allée de la maison de mes grand-parents est jolie, mais un peu biscornue et il faut souvent manœuvrer avec ingéniosité pour y faire tenir plus de deux véhicules.

Tout le monde est là, ou presque. Les autres sont en route.
"Viens voir ta grand-mère."
Grand-père m'embrasse. Il me prend par le bras, il m'emmène dans leur petit bureau, que j'appelais la "pièce du téléphone" à l'époque où il y avait rarement plus d'un poste téléphonique par foyer.
Elle est là, allongée dans un lit funéraire, comme endormie, les mains jointes, une croix entre ses doigts. Le lit est flanqué de deux grandes bougies allumées. A ses pieds, une table où est posé un seau à eau bénite.

Ça semble irréel. Des pensées irrationnelles m'assaillent.
Elle lui ressemble beaucoup, mais ce n'est pas elle. Ce n'est pas possible, ce n'est pas ma Grand-mère.

Mais Grand-père la regarde avec des yeux pleins de tendresse et de tristesse.
"Ma pauvre chérie."
Je l'embrasse sur le front, je mets ma main sur les siennes. Elle est si froide... C'est bien fini, elle est partie. Les larmes viennent.

Nous avons passé trois jours avec Grand-père dans leur maison, à nous serrer autour de la grande table pour manger tous ensemble, à discuter dans la véranda, au salon, à nous rappeler des souvenirs. A consoler Grand-père. J'allais la voir de temps en temps. Pour m'imprégner de son image. Je la trouvais belle. Elle s'est éteinte dans son sommeil, elle n'a pas eu mal, elle est partie les yeux fermés. Elle aussi a de la prestance, et elle l'a gardée jusqu'au bout.

J'ai joué pour elle à la messe d'enterrement. Mon regard allait vers son cercueil couvert de fleurs, et vers Grand-père au premier rang. J'ai eu avec elle un moment privilégié, comme si l'espace d'une méditation il n'y avait plus que Grand-mère et moi.

Je me rappelle ses paroles, quand j'ai joué pour Papi : "tu as joué avec ton cœur".
Ça me fait bizarre de penser qu'à présent elle est là, dans cette boîte. Enfermée. Je réprime un sanglot en jouant.

Maman a sûrement beaucoup pleuré elle aussi.
Elle avait parlé de la mort avec Grand-mère. "J'envisage la mort avec sérénité. Le plus dur, c'est de vous quitter tous."

 

Ce n'est pas parce qu'à présent je n'ai "plus aucune grand-mère", c'est peut-être parce qu'elle est partie il y a à peine cinq jours, mais je crois encore à un mauvais rêve.
Je crois que je vais me réveiller demain matin et réintégrer un monde normal. Un monde où elle vit.

Posté par akito à 00:58 - Spécial - Un com ? [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Désolée pour la banalité de ma réponse, mais je te présente mes condoléances.
    Quand ma grand'mère est partie, il y a plus de quatre ans, le contexte était totalement différent du tien, pourtant je me retrouve dans ton ressenti. On a beau avoir l'impression d'avoir apprivoisé le concept de la mort (pour différentes raisons), quand on s'y retrouve confronté, on ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Je flottais aussi, sans vraiment réaliser. Il m'a fallu deux bonnes années pour ne plus avoir de sursaut, à table, et me dire "mais il manque quelqu'un ? Qui s'est levé de table et où est cette personne ?" avant de me rappeler que personne n'est allé dans la cuisine chercher du pain, et que ma grand'mère est vraiment, vraiment partie. Le côté flou et un peu irréel, c'est d'ailleurs, finalement, la "meilleure" partie. Quand j'en suis sortie, j'ai eu l'impression d'avoir banalisé quelque chose à quoi je n'aurais pas dû m'habituer.

    Posté par ladyteruki, vendredi 23 juillet 2010 à 09:31
  • coucou le blog !
    Je passe très souvent découvrir vos billets et la je me suis décider à lacher un petit commentaire.
    Je remarque que vos billets sont très bien écrits et enrichissants, c'est un plaisir de vous relire.
    Continuez comme cela le plus longtemps encore !
    Une bonne année !

    Posté par epilation laser, lundi 3 janvier 2011 à 17:43

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